Table ronde 4 – Round table 4

JEUNES, CITOYENNETÉ ET SOCIÉTÉ

Peut-on penser l’enfant comme être abstrait ? C’est parfois le sens qui ressort d’une lecture distanciée des droits de l’enfant. L’individualité y est toujours abordée comme une réalité à la fois évidente et nécessaire. Or, cette idée est elle-même le produit d’un certain état des rapports sociaux. Aussi, un certain type de société produit une certaine conception de l’éducation, de l’autonomie personnelle, et traduit en même temps, de façon paradoxale, notre rattachement, sinon notre dépendance à cette société. Comment se conjugue la réalité de l’enfant comme être social, sinon comme citoyen ? À quel âge cesse-t-on d’être un enfant ou un adolescent ? Qu’est-ce qu’un jeune? Notre conception de la responsabilité personnelle doit-elle être drastiquement associée à un âge précis ? Est-elle fonctionnelle et réaliste ? Pourquoi ?

YOUTH, CITIZENSHIP AND SOCIETY

Is it possible to conceptualize young persons as abstract beings? A brief overview of texts pertaining to children’s rights might suggest this to be the case. Individuality is viewed as both obvious and necessary. But its centrality depends on particular understandings of social relationships, and on the particular meanings that a society gives to education, personal autonomy, and even to the commitment and dependency of its own citizens. How does this affect an understanding of children as social beings? At what age does one cease to be a child or an adolescent? What is youth? Must the responsibilities of members of a given society be so tightly linked to age?  Are our notions of the individual rights and responsibilities of youth functional and realistic?


Stéphanie Boyer,Les enfants au prisme des pratiques enseignantes d’éducation à la citoyenneté

Résumé

La diversification de la société mène l’école québécoise à réaffirmer sa responsabilité et son leadership en matière d’éducation à la citoyenneté peu avant le tournant des années 2000. Le ministère de l’Éducation du Québec a adopté, dans le cadre de son programme de formation, une approche transversale et disciplinaire de l’éducation à la citoyenneté.

Cette recherche vise à répondre à la question suivante : Comment s’articulent les notions d’enfance/enfants et de citoyenneté démocratique dans les pratiques d’éducation à la citoyenneté des enseignant-e-s du primaire en contexte québécois?

Pour construire le matériel empirique de cette recherche, j’ai mené 12 entretiens semi-structurés avec des enseignant-e-s du primaire ayant déjà vécu des expériences d’éducation à la citoyenneté avec leurs élèves. Deux conceptualisations de la citoyenneté des enfants ont émergé des données empiriques : les citoyen-ne-s en devenir et les citoyen-ne-s à part entière. Chacune de ces conceptualisations de la citoyenneté se rattache à un modèle théorique de la citoyenneté distinct. Pour les enseignant-e-s qui appréhendent les enfants comme des citoyen-ne-s à part entière, l’objectif n’est pas d’étendre les privilèges des adultes aux enfants, comme le droit de vote. La citoyenneté n’y est plus conceptualisée en fonction de la norme de l’adulte autonome et rationnel-le faussement universelle, mais bien en prenant comme point de départ l’enfance, cette catégorie sociale paradoxale caractérisée par une tension entre la vulnérabilité et l’autonomie. Afin de cerner les dimensions théoriques et pratiques des différents modèles de la citoyenneté, je présenterai les différents positionnements et rôles sociaux des enfants défendus par les enseignant-e-s. Le positionnement social des enfants est compris à partir de l’interrelation des éléments suivants : le rapport au monde adulte, l’appartenance à une collectivité et l’identité des enfants.

Le rôle des enfants, ainsi que celui des adultes en relation avec eux et avec elles, est compris, quant à lui, à partir du rapport entre l’apprentissage et la participation et à partir du rapport entre l’enseignant-e et les élèves.

Conférencière

Stéphanie Boyer détient une maîtrise en sociologie de l’enfance. Elle est membre du laboratoire de recherche interdisciplinaire sur les droits de l’enfant de l’université d’Ottawa. Ses travaux de recherche portent sur les approches éducatives inclusives des droits des enfants.


Denis Lafortune, Répondre de ses actes malgré une enfance troublée

Résumé

La Convention internationale des droits de l’enfant de 1989 a constitué un moment fort dans la reconnaissance du statut juridique de l’enfant. Depuis, si l’enfant est reconnu comme un sujet de droit, la question de sa responsabilité doit aussi être posée. Pour l’aborder, certes il est indispensable de s’appuyer sur les lois et la jurisprudence. Mais celles-ci ne sauraient être suffisantes. Depuis une trentaine d’années, des connaissances scientifiques portant notamment sur le développement des capacités cognitives, la recherche de sensations fortes et la maturation du cerveau (de l’adolescent et du jeune adulte) font aussi partie de la réflexion. Déjà complexe, la question de la responsabilité devient franchement difficile lorsqu’on la pose en se référant aux enfants qui ont vécu de la négligence ou d’autres formes de mauvais traitements. Or, ces situations sont relativement fréquentes dans le système de justice pénale pour les adolescents. Il faut donc les examiner.

Conférencier

Denis Lafortune est professeur à l’École de criminologie de l’UDM et chercheur associé au MéOS depuis juin 2002. Il est aussi associé au Centre International de Criminologie Comparée et au Centre de Recherche de l’Institut Philippe Pinel de Montréal. Il a obtenu un Ph. D. en psychologie de l’UDM en 1997. Sa thèse portait sur les caractéristiques psychologiques des jeunes délinquants violents et de jeunes agresseurs sexuels. Sa programmation actuelle de recherche s’articule autour de la prescription de médicaments psychotropes en centre de réadaptation pour jeunes et de l’observance de ces prescriptions de médicaments par les jeunes placés en institution. Elle est complétée par des travaux portant sur l’accompagnement des personnes incarcérées et qui présentent des problèmes de santé mentale, le recours aux mesures privatives de liberté en centre de réadaptation pour jeunes, le travail multidisciplinaire et de la demande d’aide chez les jeunes.

De 1988 à 1999, il a exercé la profession de psychologue clinicien en pédopsychiatrie à l’Hôpital du Sacré Cœur de Montréal. En 1995, il s’est perfectionné au Service de l’adolescent et du jeune adulte de l’Hôpital International Universitaire de Paris. Il a par la suite développé des liens avec le département de criminologie de l’Université catholique de Louvain (Belgique) et le département de psychologie de l’Université de Grenoble. Il travaille souvent en collaboration avec l’Association des Centres jeunesse du Québec.


 

Stephanie Rap, The right to effective participation of refugee and migrant children: a critical
children’s rights perspective

Resume

Worldwide, the number of child refugees has more than doubled in the last decade. Refugee and migrant children comprise the most vulnerable group in the context of current migration flows; they often experience a dangerous journey, traumatic events and often lack access to essential necessities, such as food, shelter, medical aid and a healthy and stimulating environment for growing up. Child migrants (whether they are granted refugee status or not) are often not recognised and respected as rights holders and thus as active agents in asylum procedures. However, a one-sided view of these children as vulnerable objects is not in coherence with international children’s rights law and standards, including among others the UN Convention on the Rights of the Child, that see all children as autonomous subjects and full bearers of rights. A rights-based perspective counters the sole protectionist view of refugee and migrant children as vulnerable objects in need of protection only. As such, the vulnerability and precarious situation of these children calls for a strong legal position in asylum procedures. Effective participation in asylum procedures – based on child-friendly and age appropriate communication and adapted procedures – can strengthen the legal position of refugee and migrant children and contribute to the perceived fairness of complex procedures and outcomes.

In this paper, through critical analysis of legal instruments, a nuanced understanding of the meaning of the right to participation for refugee and migrant children will be sought. This right will be conceptualised from a children’s rights perspective, with the aim of investigating its meaning for this specific group of children (i.e. unaccompanied minors, separated and accompanied minors). Moreover, the meaning and scope of participation will be studied in relation to other children’s rights and principles, in particular the best interests of the child principle (art. 3(1) CRC). The role of this principle will be analysed in relation to the applicable age limits for hearing children, the treatment of children when heard and the decision taken in the asylum procedure by the state authority. The question will be posed whether hearing children – as part of their right to participation – in asylum procedures is in their best interests?

Speaker

Dr. Stephanie Rap is assistant professor at the Child Law Department at Leiden University. She holds master’s degrees in Pedagogical sciences and Criminology. In 2013 she defended her Ph.D. dissertation in juvenile criminal law titled The participation of juvenile defendants in the youth court: A comparative study of juvenile justice procedures in Europe at Utrecht University. Stephanie Rap has published and presented extensively on juvenile justice, children’s rights and child participation in legal and administrative proceedings. She lectures on topics related to juvenile justice and child protection in the Master of Laws in Advanced Studies in International Children’s Rights.


Shauna Van Praagh, Reflections on Resilience and Responsibility

Resume

Features of meaningful participation in society include autonomy, access to justice, protection, and responsibility.  These are equally important for young participants.  But the ways in which state institutions ensure and enforce them require responsiveness to the particular dimensions, needs and capacities associated with youth.  Children and youth exhibit a mix of vulnerability and capacity; they exercise rights both to be heard and to be protected.  This paper explores and reflects on how relationships between state actors and young people (at sites including schools and courts) can facilitate resilience and responsibility.  What can policy makers and regulators learn from youth, and what can they do to support meaningful participation on the part of young people?

Speaker

Shauna Van Praagh is Full Professor in the Faculty of Law, McGill, where she has taught and researched since 1993.  She served as Associate Dean (Graduate Studies) from 2007-2010. Professor Van Praagh’s substantive areas of research and expertise are primarily children and law, religion and law, legal education and the private law of civil wrongs. Within each area, she adopts a methodological approach grounded in legal pluralism, a sensibility to identity-based narrative and critique, and a particular emphasis on literary sources and style. She recently co-edited, with McGill colleague Helge Dedek, a book collection (Stateless Law: Evolving Boundaries of a Discipline, 2015) in which her own chapter focuses on teaching, learning, and responding to the legacy of Residential Schools for Canada’s aboriginal children.

As past president (2013-2014) of the Canadian Association of Law Teachers, Shauna Van Praagh was appointed in 2015 as one of two academic members of the National Requirement Review Committee under the auspices of the Federation of Law Societies of Canada. At the Faculty of Law at McGill, she chaired the 1995-96 Committee on Curricular Reform, which produced the blueprint for the revised program of legal education introduced in 1999. A recipient of the John W. Durnford Teaching Award, Professor Van Praagh has been intensively involved in the development of teaching and learning in law.

Professor Van Praagh clerked for The Right Honourable Brian Dickson, Chief Justice of Canada, from 1989 to 1990. She has taught at Columbia Law School (1990-1992) and King’s College London (1992-1993), and was a visitor at Universidad Torcuato Di Tella in Buenos Aires in 2010-2011. She holds a B. Sc. (with High Distinction) (1986) and an LL.B. (with Honours) (1989) from the University of Toronto, and an LL.M. (1992) and J.S.D. (2000) from Columbia University. Her doctoral dissertation was entitled “Follow the Children: Identity, Integrity, Learning and Law”


Modérateur – Moderator

Jean trépanier

Jean Trépanier est juriste et criminologue, professeur émérite de l’École de criminologie de l’Université de Montréal. Il est chercheur au Centre international en criminologie comparée (CICC – Université de Montréal). Son expérience dans l’administration publique provinciale et fédérale et sa connaissance de la justice des mineurs, comme ses travaux divers sur ces sujets, l’ont sensibilisé aux diverses dimensions de l’analyse des politiques et des pratiques de ce domaine. Ses recherches principales s’orientent vers les origines de la justice et des institutions pour mineurs, dont il est l’un des principaux historiens.

Ce contenu a été mis à jour le 23 novembre 2018 à 10 h 01 min.